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Sidi Bouzid : Un cri de détresse, auquel il faudra ouvrir toutes grandes nos oreilles[/rouge]

jeudi 6 janvier 2011

Hichem Skik

On ne s’arrêtera pas de si tôt de parler des événements de Sidi Bouzid : il faudra du temps pour en mesurer toute la portée et en tirer toutes les leçons. Ces événements revêtent, en effet, une gravité exceptionnelle, et toute tentative de les minimiser, de les réduire à des actes isolés, à des facteurs individuels, locaux etc. serait non seulement erronée, mais franchement indécente, en tout cas vouée à l’échec.[/vert]

Même s’il s’était agi « seulement » d’un jeune homme à la fleur de l’âge qui tente de s’immoler par le feu-dans une civilisation qui condamne le suicide et ignore ce genre de pratique-cela serait infiniment grave, douloureux, intolérable. Mais ce qui interpelle autant, sinon plus, ce sont les raisons d’un tel acte. D’une part, le jeune Mohammed Bouazizi a été acculé, en raison du chômage, à vivoter en tant que marchand ambulant, proposant aux passants quelques menues marchandises, sans grande valeur : une situation en elle-même difficile à vivre, on peut aisément l’imaginer, surtout pour un jeune qui a fait, ainsi que sa famille, de grands sacrifices pour faire des études.

D’autre part, Mohammed a été victime de l’insouciance, voire de l’agressivité et de la brutalité d’une bureaucratie-elle-même probablement débordée et peu formée au respect du citoyen-pour laquelle le règlement administratif est plus important que la souffrance et la dignité d’un jeune homme en situation de grande précarité.

D’où le profond désespoir de ce jeune, qui s’est senti poussé à bout, au-delà de ce qu’il pouvait supporter. Cet acte, si désespéré, si désespérant, nous interpelle donc tous, et très violemment. Il interpelle-ou devrait interpeller- particulièrement une politique éducative, économique et sociale qui plonge un jeune Tunisien sur sept, et entre le quart et la moitié des diplômés, dans un chômage chronique, un tunnel sans fin, dont ne réussissent à voir le bout que quelques uns, souvent grâce à quelque connaissance suffisamment bien placée. Les autres vivotent, en marge de la vraie vie.

Cet acte interpelle tout autant le fonctionnement de notre administration et de nos institutions comme des organes techniques ou répressifs, où des « responsables » régentent, du fond de leurs bureaux-tours d’ivoire, la vie des gens, sans contrôle réel, sans formation civique leur inculquant leur devoir d’être au service du citoyen et non l’inverse. Il interpelle notre système économique, que d’aucuns considèrent simplement comme une source d’enrichissement personnel, aux dépens de l’intérêt public, des travailleurs et même des investisseurs, qui assistent, impuissants, à cette détérioration croissante du climat des affaires.

Ce sont certainement de tels facteurs qui expliquent l’ampleur prise par les émeutes de Sidi Bouzid et le vaste élan de solidarité qu’elles ont suscité dans tout le pays, avec là aussi, des formes parfois dramatiques, en particulier dans le cas du jeune tué par balles.

En fait, tous les Tunisiens- particulièrement les jeunes, mais aussi toutes les familles dans les régions non côtières- se sont sentis concernés et ont éprouvé à la fois une profonde compassion pour les jeunes victimes, une grande solidarité avec leurs revendications et un réel besoin de dire eux-mêmes leur ras-le-bol. Le cri de détresse de nos jeunes est assourdissant. Se boucher les oreilles pour ne pas l’entendre serait criminel.

Entendre ce cri, l’écouter sérieusement, cela signifie notamment, pour notre société et surtout pour les gouvernants, voir la réalité en face, reconnaître que la situation actuelle est insupportable et accepter de remettre en cause un système politique autiste- où tout doit partir d’en haut, où personne d’autre n’a droit à la parole, où il faut obéir aux ordres et aux règles édictées-, une politique éducationnelle qui se contente des aspects qualitatifs, une politique économique trop axée sur certaines zones, certaines catégories, et laissant à la traîne le reste du pays.

Encore une fois, ce qui s’est passé, ce qui se passe encore aujourd’hui et ce qui se passera, n’en doutons pas, demain, tout cela nécessite ni plus ni moins qu’une remise en question totale de l’ensemble d’un système qui est en train de mener notre pays à l’impasse.

Personne ne peut prétendre posséder, à lui tout seul, la réponse aux questions lancinantes que se posent notre société et notre jeunesse. Personne n’a de recette miracle pour résoudre tous les problèmes : toutes les Tunisiennes, tous les Tunisiens, dans la diversité de leurs origines et de leurs opinions, ont le droit- le DEVOIR !- de se pencher sur la situation de notre pays afin de contribuer à le sortir de la grave crise dans laquelle il s’enfonce chaque jour davantage.


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