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Budget 2009 :

Le projet de budget économique pour l’année 2009 : Imprudent !

dimanche 23 novembre 2008

Mahmoud Ben Romdhane

Le projet de budget économique pour l’année 2009 a été récemment adressé aux membres du Conseil Economique et Social et sera examiné bientôt par la Chambre des Députés. Il contient les estimations des résultats économiques et financiers de l’année 2008 et les prévisions macro-financières pour l’année 2009. Sur ces bases, sera élaboré le Budget de l’Etat de l’année à venir.

Les estimations pour 2008 font ressortir un taux de croissance du PIB de 5,1 pour cent et les prévisions pour 2009 tablent sur un taux de 6,0 pour cent.

Il est de bon ton pour tout gouvernement d’afficher des prévisions ambitieuses pour maintenir un « état d’optimisme ». Car, en économie comme dans de nombreuses autres sciences, la psychologie des acteurs joue un rôle parfois déterminant. John Maynard Keynes a fait du thème des anticipations des agents un thème central et, depuis les années soixante-dix, des écoles de pensée se sont constituées autour de cette question.

La question qui est posée dans le cas du projet de budget 2009 est celle de son degré de réalisme. En effet, sur les 22 dernières années, ce taux de 6 pour cent n’a été atteint qu’une fois sur quatre et la moyenne annuelle n’a été que de 4,7 pour cent. Si ce taux de 6 pour cent venait à se réaliser, la moyenne annuelle des quatre années 2006-2009 serait de 5,7 pour cent, un taux moyen atteint une seule fois lors d’une quadriennie (entre 1996 et 1999).

C’est donc dire qu’il y a, toutes choses égales par ailleurs -comme se plaisent à le dire les économistes- une probabilité assez faible qu’un tel taux se réalise. Or, on n’est pas dans une situation où « toutes les choses sont égales par ailleurs », mais où l’environnement mondial est caractérisé par un ralentissement généralisé et sans précédent depuis la crise des années trente du 20e siècle. Un environnement exerçant une forte influence car l’économie tunisienne est une économie très ouverte.

Ce n’est pas seulement le taux de croissance projeté qui semble pêcher par excès d’optimisme, mais le taux d’investissement - un record de 26,2 pour cent - qui n’a plus été réalisé depuis quinze ans, à l’exception de 2001 où il a à peine frôlé ce niveau) et, surtout les comptes extérieurs. Des investissements directs étrangers (IDE) atteignant un montant de 3,0 milliards de dinars, (dont 1,8 milliard dans l’énergie expliqué par « l’accroissement continu des cours internationaux », alors qu’on assiste à leur effondrement depuis deux mois) ; des prêts publics et privés atteignant 2 milliards de dinars alors qu’on assiste à une tension sur les ressources financières internationales. Sans compter, bien sûr, une augmentation projetée des recettes d’exportations de biens et de services de 12,9 pour cent à prix courants et de 5,7 pour cent à prix constants (contre 3,6 pour cent en 2008). Les exportations de phosphates et dérivés atteindraient ainsi 4,5 milliards de dinars contre 3,8 milliards en 2008 et 1,9 en 2007 ; celles des industries mécaniques et électriques 7,2 milliards contre 6,3 milliards en 2008 et 5,3 milliards en 2007 ; les recettes touristiques atteindraient 3,6 milliards contre 3,3 milliards de dinars en 2008 et 3,1 milliards en 2007 et, enfin les transferts effectués par les Tunisiens résidant à l’étranger atteindraient 2,7 milliards contre 2,4 milliards en 2008 et 2,2 milliards en 2007.

Le seul énoncé de ces chiffres montre combien les projections sont fragiles, pour ne pas dire irréalistes par rapport à la conjoncture mondiale. Le problème n’est pas celui d’une simple mauvaise appréciation ou d’un simple mauvais jugement : le problème est que le pays risque d’être confronté à une fragilisation financière aux graves conséquences économiques et sociales.

Ces commentaires peuvent paraître alarmistes. Et ils le sont peut-être. Ce qu’ils mettent en exergue, c’est la nécessité, par les temps incertains d’aujourd’hui, de déployer d’autres scénarios et d’en tirer les conséquences, toutes les conséquences. Parmi ces derniers, il ne serait nullement saugrenu d’en tester un, fondé sur : un taux de croissance du PIB de 3-4 pour cent, une stabilisation des exportations de biens et de services, des IDE et des prêts extérieurs moins importants.


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