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attariq aljadid
Violences d’El-Menzah

Autopsie d’un traitement médiatique

mercredi 28 avril 2010

Baccar Gherib

Sans doute plus que les violences au stade d’El Menzah du 8 avril dernier en elles-mêmes, c’est leur traitement par divers médias – publics et privés – qui est susceptible d’interpeller les observateurs et de les informer sur les caractéristiques de la scène politique en Tunisie, notamment sur l’articulation très particulière qui y prospère entre les champs politique, médiatique et… sportif.

Commençons par le commencement : tout le monde s’est accordé à souligner la gravité des faits, mais, à ce jour, personne n’a jugé utile de les décrire avec exactitude !! Dans pareils cas, en effet – du moins dans les pays qui respectent leur opinion publique – il est d’usage que le ministre de l’intérieur ou bien le directeur de la sûreté organise une conférence de presse. La vocation de celle-ci est non seulement de donner l’information exacte sur le nombre de victimes (s’il y en a) et de blessés (parmi les supporters et les forces de l’ordre), celui des personnes arrêtées et d’évaluer l’ampleur des dégâts matériels, mais surtout d’essayer de mettre au jour la séquence des faits qui a mené aux affrontements. Seule cette mise au point permet de délimiter les responsabilités des uns et des autres et d’identifier les carences ou les erreurs, aidant ainsi à la prévention de pareils épisodes dans le futur.

En l’absence de cette information crédible et détaillée, le Tunisien se trouve confronté à l’énorme hiatus qui sépare la langue de bois des médias et ce qui circule sur Internet-notamment grâce au réseau social Facebook- comme images et vidéos retraçant quelques épisodes des affrontements.

Ainsi, le surlendemain des faits, un quotidien de la place s’empressait-il de titrer « Les forces de l’ordre gèrent la situation avec calme et doigté », tandis que, dans le même temps, la photo d’un agent des forces de l’ordre s’apprêtant à jeter de toutes ses forces une pierre au public dans les travées du stade faisait le tour du net. Idem pour des vidéos relatant des épisodes particulièrement brutaux !! Décidément, certains n’ont pas compris qu’on ne pouvait plus s’amuser à refaire La Pravda au moment où un grand nombre de téléphones portables sont équipés de caméra et où près d’un million de Tunisiens sont sur Facebook…

Par ailleurs, la stratégie médiatique habituelle adoptée sous nos cieux, quand on veut communiquer sur un problème plutôt délicat, suppose, après l’incontournable langue de bois, un deuxième temps. Celui-ci consiste dans l’envoi sur les plateaux de télé d’un journaliste « indépendant » chargé de faire passer la lecture officielle des faits. Invité à une émission spéciale sur Hannibal TV, où les présents arboraient une grave mine de circonstance, le journaliste « indépendant » de service se lança, sûr de lui, dans une diatribe qui consistait à affirmer la gravité des faits, à en désigner les responsables (l’entraîneur de l’Espérance et, surtout, son public, « habitué de ces dérapages violents ») et, enfin, à appeler à la fermeté.

L’exercice est rodé, parfaitement maîtrisé. Il a souvent servi, en l’absence de contradicteurs, à attaquer et essayer de discréditer des personnalités politiques opposantes, des chaînes satellitaires d’information ou des ONG. Et cela se faisait dans l’impunité la plus totale, car il n’y a jamais eu retour de bâton.

Ce n’était vraisemblablement pas le cas cette fois-ci. Car quelle ne fut pas notre surprise, quelques jours plus tard, de voir réapparaître, sur l’écran de la même chaîne, la mine défaite de notre justicier, présentant ses plus plates excuses au public incriminé, évoquant, pêle-mêle, un malentendu, la grandeur du club, son rôle dans le mouvement national et dans l’encadrement de la jeunesse… Le tout clôturé par un pathétique « je me suis rendu compte que le sport est plus dangereux que la politique » ! Traduisez : il est plus facile de s’attaquer à des partis politiques et à leurs représentants et de les traiter avec arrogance qu’à des clubs de football…

Marx disait, à peu près, que la théorie se changeait en force matérielle dès qu’elle saisissait les masses. Nous vivons, hélas ! dans une étrange société, où ce sont moins les idées politiques et sociales que les appartenances sportives qui sont susceptibles de saisir les masses et de se muer en force matérielle. Notre Zorro des plateaux télés l’a sans doute appris à ses dépens en circulant dans les rues de Tunis après sa triste intervention télévisée…

Baccar Gherib


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