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La fin des néo-cons ?

dimanche 14 décembre 2008

  Slim Ben Taleb         Les néo-conservateurs ou ceux qu’on appelle outre-atlantique "néo-cons" ont été probablement le groupe intellectuel et le courant de pensée qui a eu la plus grande influence durant les trois dernières décennies. Les courants d’inspiration socialiste ou marxiste et libérale ont été au centre des enjeux politiques de ce "siècle court" qu’a été le vingtième siècle, pour reprendre les termes de l’historien anglais Eric Hobsbawn.

Ces théories et ces idéologies ont été à l’origine des utopies et des grands desseins politiques mis en place lors du vingtième siècle. Mais, elles ont été aussi à l’origine de drames, de guerres et de désespoirs, qui ont aussi jalonné ce siècle. La fin du XXe siècle a été à l’origine d’une grande remise en cause de ces grands schémas théoriques et de ces visions du monde. Il faut dire que les expériences qu’elles ont suscitées et les rêves d’enchantement qu’elles ont éveillés n’ont pas abouti. La chute du mur de Berlin a été le dernier round de l’effritement du monde communiste qui remonte à ce rejet des libertés individuelles et de l’autonomie du sujet dans les expériences de libération collective. Aussi, les crises à répétition du capitalisme dès la fin de l’Etat-providence, ont montré les limites du projet libéral et de sa capacité à répondre aux besoins des populations. 

 Dans ce contexte de crise des grandes idéologies et de leur rejet par le post-modernisme, de nouvelles visions ont pris place et ont été à l’origine des expériences et des menées aventurières de l’empire à la fin du vingtième siècle. C’est le néo-conservatisme américain qui a pesé de tout son poids sur la politique extérieure américaine avec l’arrivée du Président Reagan et tout au long du règne des républicains à la Maison Blanche. Le règne de Clinton n’est qu’un intermède dans cette domination sans faille de ce courant intellectuel sur la politique extérieure et les choix stratégiques de l’empire. Sous l’influence de ce courant, le président Reagan a engagé l’épreuve de force et notamment le projet de la guerre des étoiles, contre « l’empire du mal » de l’époque, à savoir l’URSS. On retrouve également ce courant lors de la première guerre du Golfe et pendant l’épreuve de force engagée contre Saddam, qui était jusqu’à peu la véritable frontière érigée en appui avec l’Occident pour protéger la région contre la révolution islamique.

Paul Wolfowitz

D’ailleurs, dès cette première guerre, les néo-cons ont poussé l’administration américaine à ne pas arrêter la guerre mais à la poursuivre jusqu’à la chute de Saddam. Un objectif qu’ils atteindront avec la seconde guerre du Golfe. 

 En ce moment, deux questions essentielles se posent. La première est de savoir qui est ce courant et quels sont ses principaux fondements ? La seconde est de savoir si l’arrivée du nouveau président Obama signifiera la fin de cette influence des néo-cons dans les arcanes du pouvoir à Washington ? 

 Il faut souligner tout d’abord que le courant des néo-conservateurs est un courant intellectuel dont les origines remontent aux années 60 autour d’importantes figures intellectuelles comme Irving Kristol, militant trotskyste qui a progressivement quitté le terrain de la contestation gauchiste pour rejoindre celui de l’ordre et du conservatisme social et politique. Ce courant a été influencé par le philosophe Leo Strauss qui réfutait les idées de relativisme et mettait l’accent sur les idées et les vérités éternelles. Ce courant va progressivement gagner en influence et son pouvoir intellectuel va grandir parmi les élites à travers un réseau complexe de revues (Commentary ou Weekly Standard), de fondations (Project for the New American Century) et de chaînes de télévisions (notamment la Fox News) jusqu’à devenir la référence intellectuelle incontournable des hauts responsables de l’administration américaine. Plusieurs hommes politiques et intellectuels se sont ouvertement proclamés de ce courant dont Paul Wolfowitz, Richard Perle et Francis Fukuyama. 

 Ce courant est arrivé à imposer ses idées et ses schémas à un moment assez critique de l’histoire américaine récente. Au moment où le pouvoir des Etats-Unis dans le monde était contesté, ce courant a affirmé le refus du déclin de la puissance américaine qui doit rester la puissance hégémonique. Il défend l’idée d’empêcher l’émergence de toute puissance rivale. Il défend les principes de liberté et de démocratie de manière absolue et refuse toute compromission avec les régimes autocratiques que les administrations précédentes avaient toléré par "réalisme". Les néo-conservateurs appellent de tous leurs vœux à un usage de l’arme militaire pour faire respecter les principes et les valeurs du monde libre. Les choix et les politiques des différentes administrations républicaines ont été fortement influencées par ces choix intellectuels et stratégiques ! 

 Or, les néo-cons n’ont plus le vent en poupe du côté de Washington. Et, cette perte de vitesse n’est pas seulement liée à l’élection de Barack Obama mais a commencé depuis quelques années. Les échecs des aventures militaires de l’empire en Irak et en Afghanistan ont beaucoup pesé dans la déroute de ce courant politique. Mais, aussi les choix stratégiques unilatéraux, appuyés par les néo-conservateurs, dans un monde marqué de plus en plus par le multilatéralisme ont été à l’origine de beaucoup de critiques et notamment de la part des alliés des Etats-Unis. Et, puis surtout cette tentation guerrière et fortement militariste des Etats-Unis ont été à l’origine d’une forte baisse de la popularité et d’une plus grande contestation de ses choix au niveau international. Mais, la dernière campagne électorale a fini par décrédibiliser définitivement ce courant, de l’avis même de ses protagonistes dont William Buckley qui ne se sont pas reconnus dans la campagne du candidat Mac Cain et surtout dans son caractère populiste alors qu’ils ont toujours défendus une forte facture intellectuelle !     Espérons que l’échec des néo-cons et l’arrivée d’une nouvelle équipe au pouvoir seront à l’origine d’un nouveau rapport des Etats-Unis au monde marqué par le dialogue et le multilatéralisme. 

Slim Ben Taleb


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