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Hommage :

Germain Ayache, le militant et l’historien marocain (1915-1990)

lundi 15 décembre 2008

Initiée par l’Association marocaine de Recherche Historique et le Centre d’Etudes et de Recherches Aziz Blal, une rencontre s’est tenue à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Rabat le 03 décembre dernier pour rendre un hommage posthume à : Germain Ayache, le militant et l’historien.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel acte de reconnaissance est dédié à la mémoire de Germain Ayache. En effet, les actes d’une première rencontre, tenue en 1992, ont été distribués aux participants à l’ouverture de la journée. Cependant, les nombreux témoins –parmi lesquels figurent Ibrahim Boutaleb, doyen des historiens marocains, Ahmed Taoufik, Ministre des Habous et ancien étudiant de Ayache, Ismail Alaoui dirigeant du Parti du Progrès et du Socialisme (où G. Ayache avait milité) – de même que les autres intervenants qui, pour la plupart, étaient ses étudiants avant de devenir ses collègues. Tous ont insisté sur le fait que malgré les dix huit ans qui nous séparent de son départ, Germain Ayache mérite encore d’être approché pour que son œuvre historienne et son parcours militant pour la libération du Maroc soient mieux connus par les nouvelles générations.

Né en 1915 dans une famille juive issue de la tribu des Ait Ayache, Germain Ayache a fait des études primaires et secondaires successivement à Tlemcen et Oujda et les a poursuivies en France. Un parcours exemplaire, sanctionné par l’obtention de l’agrégation en Lettres classiques à l’âge de 21 ans. De retour au Maroc, il est nommé, à partir de 1937, professeur au Lycée Lyautey à Casa, et c’est là qu’il va s’exercer aux dures réalités coloniales, commencer sa prise de conscience et faire ses choix et ses engagements. Après le déclenchement du second conflit mondial et la défaite de la France, il est licencié du travail à cause de ses origines juives. Mobilisé, il part pour combattre sur le front allemand jusqu’à la fin de la guerre. Rentré au Maroc à la fin de 1945, il adhère au Parti communiste marocain qui vient d’être organisé sur de nouvelles bases depuis 1943, avec un engagement ferme pour l’indépendance du Maroc. Vite, il en devient une des figures de proue, aux côtés de Ali Yata, Bourkia, Abdallah Layachi… avec notamment de nombreux articles dans les organes du parti communiste et des conférences en direction de la communauté juive… Excédé par son activisme et ses écrits, le Résident général Juin prend prétexte de la nationalité française de Germain Ayache, héritée de son grand père qui était émigré en Algérie à la fin du XIX e siècle (décret Crémieux), il l’expulse en 1950 vers la France où il va rester pendant cinq ans. Il ne sera autorisé à rentrer au Maroc qu’avec le retour d’exil du Roi Mohamed V et la proclamation de l’indépendance du Maroc le 2 mars 1956.

Tout en maintenant son engagement dans le parti communiste, Ayache se dépense de plus en plus dans les tâches de la reconstitution de l’Etat national. Il s’occupe de l’organisation des Archives du Maghzen, ce qui lui fait découvrir les sources de l’histoire d’un Etat enraciné depuis le XV e siècle sur un vaste territoire mais les puissances coloniales n’ont cessé d’attaquer, de convoiter et de lui faire du mal pour arriver, enfin, à le mettre sous leurs bottes à partir de 1912. Fin connaisseur des archives de l’Etat marocain, Ayache rejoint à partir de 1960 le département d’Histoire, pour y rester jusqu’en 1990, année de sa disparition. Il contribue pleinement à la mise en place de la jeune Université marocaine, aussi bien par la formation de milliers de jeunes enseignants du secondaire dont le pays avait besoin, que par la confection des contours théoriques d’une lecture nationale de l’Histoire du Maroc. Ainsi, à côté de l’encadrement des mémoires et la direction de thèses des futurs historiens, il a su insuffler une nouvelle vie à la revue Hespéris Tamouda, née en pleine période coloniale, lui donnant un nouveau rôle dans un contexte nouveau. Cependant, son œuvre magistrale fut son énorme travail de thèse sur les origines de la guerre du Rif. Déclenchée en 1921 par l’Emir Mohamed ben Abdelkarim Al Khattabi, cette première confrontation avec deux puissances coloniales – l’Espagne et la France – allait inaugurer, malgré son échec en 1925 et l’exil forcé de son leader, un long processus historique qui devait sonner le glas du système colonial et des empires coloniaux, partout dans le monde.

Prenant la suite des collègues marocains, Mouedden, Kenbib, Baida, Belfaida, Chergui, Auchart, Levy…etc. qui s’étaient succédés à la tribune pour montrer les apports multiples du chercheur et du militant qui sont pleinement assumés par ses collègues et par l’historiographie marocaine, nous avons jugé, pour notre part, que le meilleur hommage à Germain Ayache consistait à l’inscrire dans un cadre plus large, celui des pays du Maghreb. Introduisant un éclairage comparatif, nous avons évoqué les éléments de ressemblance entre les parcours de Germain Ayache et de Paul Sebag. Tous les deux issus des communautés juives des deux pays, tous deux nés français par les aléas de l’histoire coloniale, ils ont, par le biais des études et des engagements intellectuels et militants, essayé de comprendre les maux de leurs sociétés respectives et produire les mots pour contribuer à la lutte contre le colonialisme et prendre part aux tâches de développement du Maroc et de la Tunisie.

Habib Kazdaghli, professeur d’Histoire contemporaine

Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Tunis-Manouba


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