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A la découverte de la littérature italienne de Tunisie

samedi 7 février 2009

Habib Kazdaghli

L’étude des écrivains et poètes italiens permet la réappropriation de l’histoire culturelle et intellectuelle, et aussi de l’histoire plus subjectiveة d’une collectivité aux mille facettes. Un ouvrage récent leur redonne une voix.

Le Projet de la Mémoire des Italiens de Tunisie est né en 1999. Animé par notre amie Silvia Finzi, il bénéficie du soutien de l’Ambassade d’Italie en Tunisie et du Ministère italien des Affaires Etrangères. Le projet a pour ambition de reconstituer les mille facettes de la présence italienne en Tunisie. Cinq volumes ont déjà été publiés sur la présence italienne en Tunisie : La mémoire en général, les peintres, les architectes, les métiers, l’alimentation et, le dernier volume, est consacré aux poètes et écrivains italiens de Tunisie.

Cette nouvelle livraison n’a pas la prétention d’être exhaustive. Il s’agit encore une fois d’un ouvrage collectif réalisé sous la direction de Silvia Finzi et Danielle Laguillon Hentati. Les différentes contributions présentées essayent d’indiquer un cadre général qui constituera une référence pour de futures recherches plus spécialisées. Le choix a été de mettre sur le même plan des auteurs reconnus, des auteurs non reconnus et des auteurs inédits, sans hiérarchie, dans le but déclaré de reconstituer la mémoire de la collectivité italienne de Tunisie, laissant aux critiques la liberté de l’évaluation de la portée littéraire de ces écrits.

Il s’agit de la production littéraire des Italiens de Tunisie, que ce soit en italien, en dialecte ou en français, dans la période qui va de 1881 à nos jours. Cette prolongation dans le temps permet d’avoir aussi un regard sur l’après-1956 et donc une vision globale sur toute la production littéraire. Les écrits se complètent pour représenter la collectivité, pour analyser les rapports aux autres, enfin, pour comprendre l’évolution après 1956, dans la quête d’une identité. L’étude concerne les écrivains et poètes nés en Tunisie ou y ayant vécu même brièvement, soit 81 auteurs recensés à ce jour.

Ce sont des lettrés, le plus souvent des enseignants, mais aussi des négociants, commerçants, travailleurs, hommes politiques, médecins, avocats, etc. Ils avaient fait leurs études secondaires au lycée italien de Tunis, puis des études universitaires en Italie ou en France. Un seul était autodidacte : Francesco Cucca. Ils vivaient presque tous à Tunis et sa banlieue, sauf Achille Lumbroso (Gabès), Francesco Cucca (région de Tabarka) et Giuseppe Perrone (Le Kef). Ils n’étaient pas isolés, contrairement à ce qu’on pourrait croire. A travers les différents articles, chroniques, lettres et autres documents, apparaissent les relations qu’avaient ces auteurs entre eux.

L’amour de la littérature est également un lien très puissant qui dépasse les affrontements franco-italiens, et même les frontières de la Tunisie comme l’indique l’histoire de la Société des Ecrivains d’Afrique du Nord, créée en 1920 par Arthur Pellegrin (1891-1956), Albert Canal (1875-1931), Mario Scalesi (1891-1922) et Abderrahmane Guiga (1889-1960). Outre une communauté de pensée, des liens d’amitié, renforcés par les épreuves subies en commun, marquent également le groupe des antifascistes de la période 1935-1945 – pour la période passée en Tunisie –, ce dont témoignent leurs écrits politiques et en particulier leurs Mémoires.

Cet ouvrage collectif comprend un chapitre introductif, des études et des contributions présentées par les collègues tunisiens et italiens : A. Bannour, A. Somai, G.Gritti, Ch. Khannoussi, M. Pendola, R. Razgallah, L. Valenzi, C. Gravier Oliviero et Alesssio Loretti. Ces études sont centrées sur des thèmes ou des auteurs. Un chapitre est réservé à une anthologie de la littérature des Italiens de Tunisie. De même, le livre contient un index biographique et une bibliographie organisée. Mais tout n’a pas été dit. Il reste à faire un travail approfondi sur les textes des écrivains et poètes, à analyser le regard qu’ils portaient sur eux-mêmes et sur l’Autre, à affiner la représentation qu’ils ont eue, alors, et ont, aujourd’hui, de la société cosmopolite de la Tunisie au temps du protectorat français, à étudier la place et l’impact de la littérature italienne par rapport aux autres littératures de Tunisie et à la vie culturelle de l’époque.

Outre l’histoire littéraire, l’ouvrage donne une place aux littératures de la mémoire qui s’articulent autour de trois thèmes : d’abord, la mémoire « honteuse » des soldats italiens qui ont témoigné de leur expérience de la guerre de 1942-1943 en Tunisie. Peu l’ont fait et ils l’ont fait tardivement : Ruggero Bertotti, en 1993, et Pietro Rizzuto, récemment. Ensuite, ce sont les mémoires politiques de ceux qui vécurent un engagement politique total dans l’antifascisme, qui devait déboucher sur des responsabilités dans l’Italie de l’après-guerre. Après l’autobiographie de Nadia Gallico Spano, le roman autobiographique de Ferruccio Bensasson vient d’être publié en Italie, sans oublier les écrits de Maurizio Valenzi, ancien député et maire de Naples, alors qu’aucun de ceux qui soutinrent le fascisme en Tunisie n’a publié ses Mémoires. Enfin, sont également publiées des mémoires qui expriment la quête d’identité de ceux qui perdirent leurs repères en quittant la Tunisie ; dans le pays d’accueil, ils vont se forger une identité faite du brassage des cultures de leur pays natal, la Tunisie.

En rassemblant les fragments épars de leur mémoire, les Italiens participent non seulement à l’écriture de l’histoire de leur collectivité, mais aussi à l’écriture de l’histoire de la Tunisie, car cette mémoire est aussi celle de la Tunisie plurielle.

Pour en savoir plus :

- D. Laguillon Hentati & S. Finzi (dir.), Ecrivains et poètes italiens de Tunisie. Scrittori e poeti italiani di Tunisia. Editions Finzi, Tunis, 2008, 314 pages.

Habib Kazdaghli


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